En lisant Gide (pas le neveu, l’oncle)

Je fais aujourd’hui mes premiers pas en économie. Je sais, ça fait froid dans le dos, mais en vrai c’est jovial ! Et je vous le prouve. Tiens : j’attrape un des livres d’économie planqués au fond de ma bibliothèque. J’en avais acheté quelques-uns, à une époque… Et j’avoue… Je les ai commencés, mais jamais finis. J’avalais un cachet d’aspirine à chaque paragraphe. Ca revenait cher en aspirine.

Cette fois, je m’y colle. Pour de vrai. Je commence par mon bouquin le plus vieux: les Principes d’Économie Politique (ne partez pas en courant, vous allez vous blesser). Un livre de Gide. Pas André, l’écrivain ! Son oncle, Charles. Économiste, tendance gauche collectiviste mais sans le Goulag. Ses Principes datent de 1884 ! Pour dire si je commence par de l’économie à l’arrière-grand-papa. Donc plus vraiment à la page, mais pour démarrer… L’économie au 19ème ça devait être un poil moins technique qu’aujourd’hui, alors j’ai peut-être plus de chances de comprendre. Et pendant que je serai sur mon Gide (l’oncle, pas…) je pourrai toujours actualiser par des lectures modernes.
Allez, j’y vais ! Avec joie. Et du paracétamol, au cas où.

L’économie, c’est quoi ? C’est une science. Déjà, méditez-moi ça deux minutes. C’est fait ? Je continue. C’est une science qui étudie des relations entre les êtres humains. Celles qui – je cite – « tendent à la satisfaction de leurs besoins matériels, à tout ce qui concerne leur bien-être. » Et je ne sais pas vous, mais j’ai tout de suite envie de dire à Gide (pas le neveu…) : c’est un peu court, mon pote. Raccourci, même ! Les besoins matériels et le bien-être, c’est pas pareil. Même si le bien-être c’est d’abord manger, boire ou avoir chaud, ce n’est pas tout. Et les copains ? Et la famille ? Et l’amour ? Et Dieu, dans tout ça ?
Par contre, si les économistes pensent vraiment que le bien-être ça tient au matériel, voilà qui explique peut-être pourquoi on est si nombreux à croire que c’est le dernier téléphone ou une grosse bagnole qui nous rendra heureux.
Bref.

L’économie, comme un arbre et comme toutes les sciences, ça compte plusieurs branches. D’après Gide (l’oncle, pas… oui bon ça va, on a compris !) il y aurait 3 grosses branches en économie :
• L’économie fondamentale, qui veut juste comprendre comment ça marche, ce sera tout merci et ne me demandez pas ce qu’il faut en faire quand on est ministre c’est pas mon boulot.
• L’économie sociale : comment rendre les hommes plus heureux ?
• L’économie appliquée : comment augmenter la richesse d’un pays ?

Et tout de suite une 2ème remarque dans mon oreillette : un pays plus riche et des habitants plus heureux, ce n’est pas la même chose, alors ? OK, je me le note. Et la prochaine fois que j’entends un ministre ou un patron de Medef raconter que « c’est bon pour l’économie de la France, donc c’est bon pour vous », je lui ressors.

Et pour finir ce premier tour, l’économie – toujours comme les sciences – cherche des lois. Des trucs simples, qu’on peut si possible écrire avec des équations mathématiques, et qui marchent toujours. Par exemple, dès le 18ème siècle, alors qu’on avait encore des rois à perruque, les économistes avaient déjà pondu la loi de l’offre et de la demande, la loi de la division du travail, la loi de la rente, la loi de la concurrence, la loi de décroissance du taux d’intérêt… Ca ne vous dit rien ? Z’inquiétez pas, moi non plus.

Mais attendez… Des lois… Attendez… Si je me rappelle bien… Les physiciens, ils courent depuis 2500 ans, eux, après la moindre loi universelle ? Les biologistes, ils s’arrachent les cheveux (entre autres) pour trouver une seule bricole qui marche tout le temps dans ce foutu monde vivant où chacun est unique ? Alors les économistes ? Je suppose qu’eux aussi, leur boulot doit consister à inventer une loi, puis à se rendre compte qu’elle ne marche pas bien, puis à retourner méditer dans leur bureau ? Avec de l’aspirine ?
Et bien c’est exactement ça. Il paraît.


Dans le prochain épisode : je vous donnerai un exemple avec la loi de l’offre et de la demande. Vous verrez, là encore ça fout la trouille mais c’est simple, rigolo, primesautier. Ca parle de casseroles. Et de tomates. Mexicaines. Les tomates.


 

5 commentaires à propos de “En lisant Gide (pas le neveu, l’oncle)”

  1. En lisant tout ceci, je viens d’avoir une fulgurance comme on en a parfois.
    Je ne connais rien à l’économie, mais j’ai eu joué avec des modèles et cru comprendre 2 ou 3 choses au passage. Rien de palpitant et de bien nouveau, sauf pour ceux qui croient obstinément ce que l’on voit dans les téléfilms où l’ordinateur vous donne la réponse au centième de degré près ou calcule précisément les dégâts corporels lors d’un accident.
    Il y est question de prédictibilité.
    Jusqu’où un modèle peut-il prédire ?
    Si par exemple j’essaye d’envoyer un obus en cloche sur l’aéroport de la république bananière d’au-delà des frontières, un peu de mécanique – même pas quantique – suffit bien : ce modèle représente suffisamment bien la réalité pour qu’il soit raisonnablement prédictif (oui, j’ai négligé coriolis, l’accélération initiale du projectile pas reproductible à 100%, mais bon, fallait bien quelque chose qui parle)
    Si en revanche j’essaye de comprendre comment la météo va évoluer dans les prochaines heures, c’est une tout autre affaire. Il y a infiniment plus de paramètres à prendre en compte, et l’on a affaire à des processus chaotiques : à petit changement de conditions initiales, grand changement des effets. De plus, la réalité est bien plus complexe que la théorie (qui donne déjà mal au crâne) : faute de compréhension fondamentale, ou de puissance de calcul, on est bien obligé d’accepter des approximations honteuses, des corrélations empiriques, des simplifications hardies quoique nécessaires, souvent assorties de clauses restrictives ou de domaines de validité que l’on s’empresse d’oublier.
    Suivez votre bulletin météo quotidiennement, et vous saurez de quoi je parle : les prédictions pour un jour donné assez lointain (soit en météo une petite semaine ^^) varient drastiquement d’un jour à l’autre et finissent par converger vers quelque chose de stable et relativement représentatif.
    La fulgurance que j’ai eu donc, se situe là : l’économie fonctionne probablement avec des modèles d’une complexité qui n’a rien à envier à la méteo. Je comprends mieux tout soudain les hésitations, attermoiements, les promesses déçues de lendemains ensoleillés, les bourses qui partent en vrille dans des cyclones monétaires imprévus. Et c’est avec cela que l’on dirige des pays, sans doute parce que l’on a rien de mieux à se mettre sous la dent dans l’état de l’art.

    Et, en mangeant une banane à la maturité douteuse, je me dis que j’aurai peut-être dû ne pas trop faire confiance aux prédictions météo de la république bananière d’à-côté avant d’y lancer mes obus en cloche.
    Quoique.

  2. Et oui, l’économie part du principe que les unités économiques (entreprises et humains grosso modo) adoptent des comportements rationnels. La rationalité en économie, c’est maximiser son profit (pour une entreprise) ou maximiser son bien-être (pour un être humain). Mais il y a des entreprises (si si !) qui ne sont pas toujours rationnelles (je connais une petite entreprise familiale qui fait tout pour garder ses employés alors que rationnellement, elle les aurait licenciés depuis longtemps), et l’être humain n’est pas toujours rationnel : des gens (si si !) préfèrent acheter un produit plus cher car produit en France/équitablement/écologiquement, etc.
    Ce premier point relève de la micro-économie (ie la modélisation du comportement des agents économiques que sont les individus, les entreprises, les ménages…);
    Mais on peut relever les mêmes difficultés en macro-économie (étude des phénomènes de grande échelle que sont les agrégats économiques tels que chômage, inflation, …) : comment se fait-il que pour produire de la richesse, la gauche dit qu’il faut relancer la consommation et donc créer des postes de fonctionnaires ou lancer des chantiers pour relancer la construction, alors que la droite dirait plutôt qu’il faut supprimer des postes de fonctionnaires et que l’Etat vende ses biens immobiliers ? Autre exemple : pourquoi certains pensent que la réduction du temps de travail crée des emplois, et d’autres pensent que non ?
    Donc les modèles économiques ne sont que des modèles qui simplifient la réalité, mais tellement parfois qu’ils ne reflètent plus la réalité, qui dépend de nombreux paramètres.
    C’est pour cela que faire de l’économie, c’est compliqué !

  3. L’interview de quelques économistes, pour certains humbles (sic), m’a appris deux choses : La théorie n’est pas applicable pour des raisons éthiques. La morale s’oppose à la « froide » approche économique, bien plus proche pourtant d’un raisonnement « logique » que de la prise de position partisane teintée de bons (ou pas) sentiments. Ainsi, tant que certains tabous ne peuvent être outrepassés dans le cadre de la mise en application de politiques publiques, l’économie demeure au mieux cantonnée à des espaces clos et, au pire, théorique (ou le contraire selon ce que vous faites de la morale). Il faudrait ainsi, évaluer, mettre un prix sur la vie humaine pour déployer puis évaluer des politiques publiques telles que les mesures à mettre en œuvre concernant la sécurité routière. Encore pire, s’il s’agit de maison de retraites, le prix devrait être décroissant avec l’âge !!! Autant dire que si l’économie pourrait indubitablement jouer pour l’intérêt collectif, elle serait bien mal vue en raison des prises de décisions moralement inacceptables qu’elle engendrerait. Or nos chers hommes politiques ne détestent rient tant que de voir leur image écornée…donc pas de mise en application à grande échelle de sitôt.

    L’autre point pour répondre plus directement à Clem : les variations individuelles s’effacent / se compensent quand on considère des échantillons suffisamment importants. Statistique mon cher Watson. L’économie cependant, tout comme un bon programme, ne peut prévoir des évènements extérieurs et c’est là la challenge, prévoir le plus large possible/ Bon certes, on en est pas encore à faire de la macro-politique mais c’est une science qui progresse grâce à l’essor de capacités des calculateurs. Si l’on est pas encore au stade « Fondation », livre que je conseille car la « psycho-histoire » qui y est exposée, s’apparente à un concept digne d’un fantasme d’économiste, on s’en approche davantage chaque jour…

  4. Le problème comme tu dis c’est que l’économie est censé être une science qui se base sur le comportement humain, sur les relations entre etre humains. Or, s’il y a bien un truc qui est très difficile à prévoir dans ses moindres détails c’est l’être humain. Beaucoup plus dur finalement que de prévoir le mouvement des planètes par exemple qui lui est basé sur des données constantes et fiables. A mon sens, il y a trop de variables en économie pour en faire une science fiable, les comportements changent avec les mœurs et les époques, l’économie pourra donc difficilement evoluer comme le font la physique et la bio vu que les paramètres de base changent en permanence !

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