A combien vous achetez ?

Résumé de l’épisode précédent : je fais mes premiers pas à la découverte de cette science qu’on appelle « économie ». Et je m’exerce avec la loi de l’offre et de la demande.


Disons qu’on lance un nouveau modèle de casserole sur le marché. On en fabrique 1000, et on les vend à 100 euros pièce. Vous achetez, vous, à 100 euros ? Moi non. Alors on en vend peut-être 10 à des bourgeois en manque de snobisme, et il en reste 990 sur les bras des vendeurs.
Qui font quoi, pour écouler leur stock ? Ils baissent le prix. L’un commence, les autres suivent – concurrence oblige – et le prix baisse jusqu’à ce que 990 nouvelles personnes soient d’accord pour acheter une casserole.

Sauf que ! Plus on en vend, plus il y a de gens qui en entendent parler et se disent que, après tout, si ce couillon en a une, pourquoi pas moi ? Et ce ne sont plus 1000 clients potentiels, mais 5000 ! Alors les vendeurs, malins comme… comme des vendeurs, se disent que 5000 clients au départ pour 1000 casseroles à l’arrivée, les gens vont se battre pour en avoir une. Et ils remontent les prix, histoire de calmer la populace.
Sauf que ! Comme les prix montent, les gens sont moins intéressés, et…

Bon. On pourrait jouer au ping-pong comme ça pendant des heures, mais vous finiriez par vous lasser et moi aussi. Vous avez compris (j’espère) le principe. La question à laquelle répond la loi de l’offre et de la demande est : peut-on satisfaire à la fois tous ceux qui veulent vendre un produit et tous ceux qui veulent l’acheter ? La loi répond : ça dépend combien ça coûte. Et si on laisse le marché jouer au ping-pong, il finira par tomber sur un prix qui motive autant d’acheteurs qu’il y a de produits à vendre.
Amusez-vous à chercher des exemples dans votre vie quotidienne ? Par exemple, si plein de gens veulent un produit rare, le prix grimpe (un billet de train à Noël, un smartphone dernier cri, un Ronaldo premier prix…). Si personne ne veut un produit qui finit par encombrer, on le brade (c’est le principe des soldes, ou des hôtels en basse saison).

Facile, non ? Presque trop, d’ailleurs. Et en effet, la loi de l’offre et de la demande est trop simple pour être vraie. C’est même à ça qu’on reconnaît une loi : elle est vraie, mais en partie, et dans certaines conditions.

1) Dans certaines conditions, parce que dans mon histoire de casseroles, si les fabricants se mettent à en fabriquer de nouvelles parce que les 1000 de départ se vendent bien, ça remet du produit en stock et on repart pour un 2ème set de ping-pong.

Dans certaines conditions parce que la loi ne marche que si tous les vendeurs sont en concurrence totale, parfaite. L’économiste français Gérard Debreu a même reçu le Nobel en 1983 pour l’avoir prouvé (je ne sais pas comment, mais d’instinct je dirais que c’est compliqué).
Or la concurrence, dans la vraie vie, elle n’est jamais parfaite. Il y a toujours des biais. Des moyens de garder un prix plus haut ou plus bas qu’il devrait être. Plus haut, c’est quand vous voyagez en France et en train. Une seule possibilité : la SNCF. Ca s’appelle un monopole. C’est aussi le prix des cigarettes, fixé par l’Etat et identique de Bray-Dunes à Lamanère. C’est aussi quand Bouygues, SFR et Orange se sont mis d’accord au début des années 2000 pour se répartir le marché des portables à nos dépends. Ca s’appelle l’entente sur les prix. Salauds.

Un prix plus bas, ça existe aussi ? Oui, quand on subventionne pour casser la concurrence étrangère, par exemple. Tenez : disons qu’un producteur américain vend des tomates à 5$ le kilo (c’est un exemple, venez pas chipoter les chiffres). Mais celles qui viennent du Mexique se vendent à seulement 4$. Pas content, l’Américain ! Concurrence déloyale ! Alors son gouvernement lui dit : vends-les à 3$, je t’offre les 2$ qui manquent, tu retrouves tes 5$ et on b…. les Mexicains. Ha !

2) Et je l’ai dit tout à l’heure (si, remontez un peu, vous verrez) : la loi marche dans certaines conditions mais aussi en partie. Parce qu’il n’y a pas que l’offre et la demande qui décident du prix d’un objet. Si c’était le cas, on aurait réglé le problème des prix depuis longtemps, pensez donc ! Et ça, les économistes le savent bien. C’est pour ça qu’ils cherchent encore.

 


Dans le prochain épisode…
Je vous parlerai du paradoxe occidental qui consiste à être toujours plus en colère contre les politiques alors qu’on vit dans les démocraties les plus avancées. Comme on se sent toujours plus malade alors qu’on a les meilleures espérances de vie au monde.

Une réponse à “A combien vous achetez ?”

  1. Bien dis ! 😉 Et pour ce qui est des biens de première nécessité (eau, pain…) cette loi d’offre et de demande fonctionne-t-elle de la même façon ?

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