Jamais contents !

C’était en juin dernier, dans une librairie, à Libourne. Juste avant les élections législatives. Une période frénétique, très frénétique, épuisante de frénésie, on se demande pourquoi ils étaient si frénétiques, tous. Ca ne vous fatiguait pas, vous ?
Si ? Ah.
Alors j’espère un répit, un instant de sérénité, dans cette librairie. Je pousse la porte, pour m’éloigner de l’agitation politique qui règne à l’ext… Aah ! Mais que vois-je ? Là, juste à l’entrée ? Ce titre : « J’ai vu cinq présidents faire naufrage ». Mais c’est pas vrai ! Pas moyen d’être tranquille ! Je regarde les livres à côté, cherchant un Astérix ou un Musso, quelque chose qui repose. Tu parles. A côté, on peut acheter :

Reconnaître le fascisme
La face cachée du Quai d’Orsay
60 idées pour changer la France
Un pays sur les nerfs
Petit guide de survie en pays réac
Rien ne s’est passé comme prévu
Le bal des dézingueurs (ce que les politiques disent vraiment les micros fermés)
Pour un traité de démocratisation de l’Europe
Ce que je ne pouvais pas dire
Les dessous de la campagne
Macron, le Président inattendu
Les coulisses d’une victoire
Révolution
Les Macron
Dans quelle France on vit
La garçonnière de la république
Les prédateurs au pouvoir
Comprendre le monde
Les salauds de l’Europe
Le théâtre des incapables
Le nouveau déséquilibre du monde
Bienvenue place Beauvau (police : les secrets inavouables du quinquennat)
La France en face
Divine comédie (les politiques comme vous ne les avez jamais vus)
Allez (presque tous) vous faire…

Alors ? On n’est pas bien, dans cette librairie ? Paisibles ? On n’est pas bien, en France ? Dans le 6ème pays le plus riche du monde ? Et bien non, si on en croit les éditeurs. Qui nous vendent du mauvais poil au kilo, du râlage grand format, messes basses et haute haine. Sauf… Sauf ? Sauf pour s’incliner devant la victoire de Macron. On se place, déjà. Mais je parie que dans 5 ans, quelqu’un aura le génie de pondre « j’ai vu six présidents faire naufrage ».

Bon, d’accord : c’est pas la fête. Les riches nous tondent plus vite que la laine nous pousse. Les 30 Glorieuses sont finies depuis 40 ans et on ne s’y fait pas. Nos usines se vident et on n’a pas le remède. D’accord. Mais quand même ? Dans un pays en aussi bonne santé générale, dans une démocratie aussi avancée, ce n’est pas un peu paradoxal de râler autant ?

Attendez. Paradoxe… bonne santé… remède… Ca me rappelle un autre livre, ça. Qui évoque un paradoxe du même genre, mais pour la médecine : dans un pays, plus la population est globalement en bonne santé, plus les gens s’y sentent malades (1). Ca parait fou. Mais ça s’explique. Parce que nous, riches occidentaux, nous pratiquons, en plus du Christ et de la Banque Centrale :

L’exigence frustrée : on a soigné la variole et le paludisme, vainquons le cancer et Alzheimer ! Oui, mais c’est plus dur
L’invention de maladies, presque chaque jour, par le Ministère et les labos : à force, chacun s’en trouve une à soi
L’imitation : si tous mes collègues ont mal à la tête, aux pieds ou à la couille gauche, je vais finir par me gratter quelque part

Bon… Si en médecine ça marche comme ça… En politique aussi ? Essayons.

Le pays est en bonne santé, mais les gens se trouvent malades…
En politique ça donnerait :
Le pays est en démocratie, mais les gens se trouvent mal gouvernés.

Mes collègues ont mal à l’estomac ? Je me trouve un ulcère…
Mes collègues votent Macron ? Après tout pourquoi pas.

Après la variole, on s’attaque au cancer, mais c’est plus dur…
Après la monarchie, on s’attaque à la corruption, mais c’est plus dur.

L’Etat et les labos inventent des maladies…
L’Etat et les multinationales inventent des crises et des caisses-sont-vides.

Et du coup…

On accuse le médecin quand on tousse 3 jours ?
On accuse le Président quand il pleut 3 jours.
On est déçu par la promesse de traitement ?
On est déçu par la promesse de réforme.
Et pourtant on retourne à la pharmacie ?
Et pourtant on retourne voter.

Qui gagne ? Les labos.
Qui perd ? La médecine et les malades.
Qui gagne ? Les élus.
Qui perd ? La démocratie et les électeurs.

Nom d’un chien, ça marche. C’est effrayant comme ça marche.
Ca voudrait dire qu’en médecine comme en démocratie, plus on va plus bien et plus c’est dur d’aller encore plus mieux ? (Paroles de J.-C. Van Damme, musique de F. Lalanne)
Et ça veut dire qu’on nous vend la politique comme on nous vend des médicaments ?

Mais alors, pourquoi à la fin on y retourne quand même ? Il faut que je cherche. Ca ne peut pas être aussi terrible. Parce que dans la librairie de Libourne, il y avait aussi La tortue qui respirait par les fesses. Ca laisse de l’espoir !


Dans le prochain épisode…
Je vous raconterai un début de réponse à la question « pourquoi on y retourne quand même ? »


(1) Les nouveaux paradoxes de la médecine – Luc Perino (Le Pommier, 2012)

3 commentaires à propos de “Jamais contents !”

  1. Merci Damien de nous rappeler que si on était content que tout aille bien il n’y aurait pas de personnes talentueuses comme toi pour faire de sketches.
    Bises
    Carine

  2. Merci Damien de me faire rire de bon matin au milieu de mes déplacements permanents. Cela fait longtemps que je n ai pas mis les pieds dans une vraie librairie car je te jure dans les aéroports, il y a du Musso, du Philip Roth et tant d autres.

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