Le cercle vicieux de la violence

Quand j’étais gamin, j’avais tendance à contester tout forme d’autorité. Comme ça, par principe. A l’école ou en famille. Les réactions étaient imparables : j’étais puni. Ma réaction était tout aussi imparable : un profond sentiment d’humiliation, qui devenait vite colère, et j’emmerdais encore plus les Grands, du matin au soir pour les uns, du soir au matin pour les autres.

J’étais embarqué dans un cercle vicieux de la violence, comme on dit en langage diplomatique. Et justement, en Russie ou en Corée du Nord, par exemple, j’ai l’impression qu’il est là aussi, le cercle vicieux. Bon, je ne suis pas Vladimir Poutine (enfin, j’espère !), mais quand même. Regardez.

Poutine avance ses grosses pattes d’ours vers l’Ukraine et annexe même sa Crimée. On lui tape sur les doigts avec la petite règle en fer. Résultat ? La Russie nous boycotte, menace de couper le gaz, envoie la troupe vers les pays Baltes, développe ses échanges avec la Chine, et oppose son veto à toute résolution contre Bachar-le-Syrien. Belle victoire.

En Corée du Nord, Kim Jong Un (qui en vaut bien Deux) crache des missiles à longue portée et peut-être nucléaires. On lui tire les poils juste au-dessus de l’oreille, là où ça pique. Résultat ? Kim re-missilise la stratosphère. On a bien progressé.

Et s’il n’y avait que ça. Depuis 1962, les USA font embargo sur le régime des Castro à Cuba. Mais les Castro (le frère, maintenant) sont toujours là. La Biélorussie vit depuis 25 ans sous la dictature d’un certain Loukachenko. On lui botte les fesses. Mais il doit avoir le cul en plomb, parce qu’il n’a pas bougé. Israël n’en finit plus de trouer la Palestine à coups de colonies. On engueule Israël. Et c’est la droite la plus colonisatrice qui garde le pouvoir.

Punir, au mieux ça ne fait rien, au pire ça empire ? Je me pose la question. Poutine, Kim, ou encore Maduro au Venezuela, Erdogan en Turquie, Sissi en Egypte : nos sanctions, on se demande s’ils n’en ressortent pas encore plus forts. En tout cas ils s’en servent. Le propagandent : « Voyez comme le monde entier nous en veut ! Vous avez faim, c’est la faute à l’Amérique, au FMI et à l’ONU. Ils nous ont enlevé notre dignité, mais je vous la rendrai. Vive la Nation, vive le Peuple, vive Moi ! » (Applause)

Bon, et puis les sanctions, ça se contourne. Cuba n’avait pas besoin des USA, vu qu’il était nourri sous perfusion par l’URSS. La Russie a les moyens de se passer de nous. La Corée du Nord survit grâce à des importations (secrètes, tu penses) venant de Chine. Bachar est alimenté par l’Iran et la Russie. Et puis, dans le pire des cas, qui meurt de faim ? Le peuple. Le tortionnaire, lui, il a les moyens.

Pire : certains sont tellement gros que… Moi, je n’irais pas fouetter un rhinocéros, même avec un fouet à clous, sous prétexte qu’il vient de s’allonger sur ma tente et mon réchaud. Menacer Poutine alors qu’il nous fournit en gaz, alors qu’il est une des causes (et donc une des solutions) du bordel au Moyen-Orient, est-ce bien raisonnable ? Menacer la Chine, dont nous dépendons totalement pour bon nombre de produits vitaux, est-ce bien raisonnable ?

C’est emmerdant, un dictateur. Le laisser faire, c’est comme offrir une garrigue et des allumettes à un pyromane. On l’a vu avec Hitler : lui, si on lui avait mis une bonne dérouillée en 35, quand il était encore tout petit, l’histoire n’aurait pas été la même. Alors, on en fait quoi, du type ? On l’élimine ? On a essayé en Irak et en Libye. Ah ça, le type est mort. Mais son pays avec. On négocie, on se met autour de la table ? Il s’en glorifiera. On le punit ? Il s’autoproclamera victime et se fera réélire. Bon d’accord, il était le seul candidat.

Si les punitions ne marchent pas, pourquoi on continue ? Pour détruire un pays avant de lui envoyer le FMI et nos multinationales ? Pour que notre Président se fasse réélire (il n’est pas le seul candidat, lui) ? Pour négocier autre chose en échange ? Pour obéir aux militaires ? Parce qu’on n’a pas mieux comme idée ?

Ou alors parce qu’en fait, ça marche ? Après tout, peut-être que les sanctions sont vraiment utiles. Je ne m’y connais pas encore bien, en diplomatie. Par exemple, en 2015 on a obtenu un accord avec l’Iran : on arrête les sanctions, vous arrêtez le programme nucléaire. Bon, d’accord, les mollahs sont toujours au pouvoir, on aura du mal à être sûrs qu’ils ne tripotent plus d’uranium, et on ne sait pas où sont allés les 400 millions en liquide qui ont fait Washington – Téhéran sans escale (1). Mais bon. Il paraît que c’est un succès.

De toutes façons, on ne peut pas rester les bras ballants face à un régime violent, agressif ou qui ne respecte par les règles. L’absence de sanctions est sûrement aussi mauvaise que leur excès. Comme avec les enfants ! Un enfant sans punitions, c’est aussi un pyromane à qui on donne un briquet et une savane. Même si mes punitions me mettaient en colère, elles m’ont au moins appris que tout n’est pas permis. Que certaines règles sont nécessaires pour que tout le monde puisse vivre ensemble.

A condition que tout le monde les respecte, bien sûr. Quand on veut se poser en moraliste, on donne l’exemple. On ne peut pas interdire le portable pendant le repas si on l’a soi-même dans la main droite quand la fourchette est à gauche. Et au niveau international, qui osera dire que les Etats-Unis ou la France sont des exemples ? C’est aussi ce qui doit un peu énerver Kim et Vladimir…

(1) http://www.latribune.fr/economie/international/etats-unis-a-quoi-servait-l-avion-qui-transportait-400-millions-de-dollars-en-liquide-590710.html


Dans le prochain épisode : à propos de dictateurs, je vous parlerai d’Adolf Hitler, qui est arrivé, mais aurait très bien pu ne pas.

2 commentaires à propos de “Le cercle vicieux de la violence”

  1. Je croyais que tu allais apporter une solution, tu ne fais qu’une dure constatation. La fierté, quel fléau, les méchants le sont, plus ils résistent aux sanctions, plus ils sont fiers : encore un cercle vicieux.
    Déjà jeune, on encourage nos enfants par la valorisation, dont ils tirent la fierté mais l’humilité est aussi importante à transmettre : avis à nous, adultes.

  2. Les accords de Munich ont fait des émules. Pourquoi se gêner quand on sait que personne ne bougera de façon efficace ? Le tout est de trouver LA bonne solution efficace. Ou alors on laisse faire. Tant pis pour les peuples qui meurent !!! En diplomatie il n’y a pas de juste mesure.

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