Le Père Noël est une ordure

La cote du président Macron était à 60% juste après son élection. Quatre mois plus tard elle « s’effondrait » à 40%, pire que Hollande le Maître en la matière. Depuis, elle godille entre 40 et 50, selon les sources, les semaines et la couleur de l’écharpe de Christophe Barbier. Ah non, pas la couleur. Bon, disons les semaines et les sources.

Alors on se demande comment il a fait, nom d’une pipe. Pour s’effondrer. Et on se répond qu’IL ne fait que des conneries, qu’IL oublie si vite ses promesses qu’on se demande si on ne les a pas rêvées, qu’IL fait tout à droite et rien à gauche, qu’IL est le président des riches, le traître, qu’IL nous a bien pris pour des cons. Et gna gna gna et gna gna gna. Rhétorique d’électeur déçu, miroir de la rhétorique de l’élisémoi qui a fait le trottoir avec des jolies phrases.

Or ! En fait ! J’ai un peu l’impression que si Macron est passé de 60 à 40%, c’est moins sa faute à LUI que notre faute à NOUS.

Rappelez-vous François Hollande, en 2012 : le changement c’est maintenant, un peu d’amour dans ce monde de Sarko, moi Président, mon ennemi c’est la finance… Et puis rien. On s’était gourés. On est toujours les ennemis de la finance.

Barack Obama, en 2008 ? Il est beau, il est jeune, il est métis, yes we can ! La paix dans le monde et la piscine dans le jardin ! Demi-dieu pour les afro-américains, Moïse noir qui leur fera enfin traverser la Mer Blanche les baskets au sec. Et puis rien. Encore gourés. Les noirs se font toujours tirer comme des lapins.

Allez, un autre. Tony Blair, Premier Ministre de sa Majesté en 1997. Vous aviez vu cette gueule de vendeur de dentifrice ? Fringant comme un bus d’ados à un concert de Big Flo et Oli. Et puis non. Après lui le déluge, il a juste embourbé son pays en Irak.

Bon, alors Nelson Mandela, au moins ? Je me souviens, quand il a débarqué en 1994, on a rêvé tellement fort, tous. Mais quand ça veut pas, hein ? Certes, la tête du pays est restée noire, mais le corps continue de crever de faim, de sida et d’injustice. Et le dernier président, Jacob Zuma, s’est fait démissionner il y a 3 mois. Corruption, enrichissement, abus… Tellement de casseroles au cul qu’on a eu peur que Tefal fasse un procès.

Bon, alors où est-ce que, nom d’une pipe, un espoir n’a pas été déçu ? En Birmanie, peut-être ? Allez, s’il vous plait ? C’est quand même Aung San Suu Kyi en personne qui a pris le pays dans ses bras ! Prix Nobel de la Paix, icône absolue de la liberté, si pure et vaporeuse que même pour épeler son nom c’est un peu flou. Elle va bien nous balayer la dictature militaire ?

Tu penses. Trois ans après, les généraux sont toujours là, les musulmans Rohingyas sont toujours massacrés, et Dame Aung ne fait rien pour eux. Et vous savez pourquoi ? Parce que si elle faisait quelque chose, elle ne serait pas réélue. Parce que la majorité de son peuple (bouddhiste) déteste les musulmans. Tout simplement. Aung nous avait prévenus, d’ailleurs : elle n’est pas une idole, ni une sainte. « Juste » une femme politique (1).

Avec Macron aussi, on était prévenus. Personne ne peut dire qu’il ne savait pas. Il avait dans sa poche les politiques et les médias les plus traditionnels, la Bourse, toute l’Europe libérale et le Medef. Il a quand même fait Henri IV – Science Po – ENA – Rothschild – Ministre, le gamin ! Au point qu’en Espagne on se demandait, à quelques jours de l’élection : « Comment la France, nation la plus politisée d’Europe, peut-elle pencher en faveur d’un produit marketing issu de l’establishment ? Ce serait du jamais vu dans l’histoire de ce pays » (2).

Et le jamais vu a été vu. Mais comment il a fait, nom d’un chien – laissons refroidir la pipe ? Je laisse la réponse à l’Italie : « Il fallait être un peu naïf pour penser qu’un ancien banquier d’affaires qui avait été ministre de l’économie et des finances sous François Hollande pouvait, devenu président, inventer dieu sait quelle révolution. Et pourtant, on y a cru. Un peu parce que nous gobons (presque) tout, un peu parce qu’on nous l’a resservi à (presque) toutes les sauces dans (presque) tous les journaux, sur (presque) toutes les chaînes de télé. » (3)

Routine immuable. On tombe amoureux d’un rêve, et puis il nous déçoit, et de l’amour jusqu’à la haine il n’y a qu’un seul pas. (Tiens, des alexandrins en 15 pieds. Chouette. C’est très rare). Mais dès les élections suivantes, on replonge, comme des accros à l’espoir. Je me souviens qu’à chaque fois, moi aussi… Mitterrand, Chirac (et Jospin), Sarkozy, Hollande… je me disais que, peut-être… cette fois… au moins un peu…

Bon ! Alors que faire ? Il y a un type qui a proposé un truc un peu extrême, qui est de ne strictement rien espérer. Vivre dans « l’inespoir » (4). Ne rien attendre, seul moyen de ne pas être déçu. Je suis d’accord avec vous, ça fait un peu « tout est foutu ». Mais ça m’a ramené sur terre, et rappelé que c’était à moi qu’il revenait d’espérer moins. De ne pas tomber dans le piège des politiques qui se déguisent en Père Noël tous les 5 ans.

Parce qu’en fait, il y a 40% de Français pour Macron aujourd’hui, et il y avait 40% d’électeurs pour lui au 2ème tour l’an dernier (5). De 60% à 40%, ce n’est donc pas lui qui est tombé bien bas. C’est nous qui étions montés bien haut. Bêtement.


Dans le prochain épisode : un des (trop (nombreux)) tics de langage des journalistes. Agaçant.


Références :
(1) Fallen Idol, par Andrew Selth, Mekong Review. Dans Courrier International n°1404 (28/09/2017)
(2) Courrier International n°1381 (20/04/2017)
(3) Macron est notre pire ennemi, par Fulvio Scaglione, Linkiesta. Dans Courrier International n°1400 (31/08/2017)
(4) L’esprit de l’athéisme – André Comte-Sponville, Albin Michel 2006
(5) 43,61% des inscrits, chiffre officiel – https://www.interieur.gouv.fr/Archives/Archives-elections/Election-presidentielle-2017/Resultats-globaux-du-second-tour-de-l-election-du-President-de-la-Republique-2017

3 commentaires à propos de “Le Père Noël est une ordure”

  1. Et bien voilà nous y sommes!!
    L’économie donc les entreprises ( les très grosses bien entendu) et la finance sont les décideurs politiques.
    Regardez Trump!
    Il fait ce qu’il à dit: « America first » et fuck les institutions internationales.
    Il ne se comporte pas en politicien mais en chef d’entreprise.
    Pas d’état d’âme quand il s’agit du business!
    Quelle marge de manoeuvre pour un politique dans une économie mondialisée, globalisée?
    Il ne fait rien sans l’accord des puissances économiques.
    Mettons Melenchon au pouvoir ou Marine : que pensez vous qu’il adviendra?
    Avec quels moyens vont ils gouverner…quel pouvoir face aux multinationales?
    Il ne leur tordrons pas le bras.
    Qui dupe qui?
    Eux ou Nous, je pencherais pour nous enfin ceux qui croient en des idéaux politiques qui n’ont plus beaucoup de sens en ce moment…

  2. Sa côte à 60% était fondée sur ses beaux discours, comme Hollande en son temps, une fois au pouvoir, d’une part, il ne fait pas ce qu’il veut et d’autre part il n’a pas dit ce qu’il ferait. Un jour peut-être ????

  3. On oublie tout simplement que depuis des décennies ce ne sont plus les hommes qui dirigent mais l’argent. Comme on ne veut pas avouer cette faiblesse humaine pour être réélu, le désir le plus « cher » de tout candidat, on n’en tient pas compte pendant les campagnes. Et du fait on prend bien les électeurs pour des c…
    Un exemple flagrant : Total qui suit les directives de Trump pour garder des contrats et tant pis si ça fait des morts ou une guerre plus tard. Ils ont dit quoi les politiques ? Rien !

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