La Déconnomie /1

Un ami bien intentionné m’a offert, pour mes 40 balais, un livre de l’économiste Jacques Généreux, quel nom prédestiné n’est-il pas. C’était il y a plus de 6 mois, et j’ai enfin pu l’ouvrir ce matin. Il était temps (1).

Ce livre-là, je m’en vais le savourer par petites bouchées, par petits lots de pages. En vous racontant à chaque bouchée le goût que ça a. Ca entretient le suspense, et puis ça vous fera des textes courts à lire, bande de fainéants.

Alors ! Par quoi ça commence ? Ca commence par casser la gueule à une expression qu’on lit et qu’on entend partout, depuis des années, qu’à force elle est ancrée dans nos cerveaux comme « 1515 Marignan » ou « on roule à droite après le barrage des gilets ».

Cette expression est censée résumer notre monde moderne, rien que ça. Roulement de tambour… Notez sur vos cahiers : nous vivons dans une économie de marché mondialisée menée par les néolibéraux. Ca vous parle ? C’est normal. Et pourtant c’est complètement faux.

Les néolibéraux n’ont rien de libéraux. On dit ça pour faire joli et rêver. Ceux qui ont pris le pouvoir il y a 40 ans sont en fait de sombres « conservateurs réactionnaires », et leurs politiques sont totalement antilibérales.

L’économie n’est pas du tout mondialisée. On dit ça pour faire peur ou rêver. En 2011 en France, 99,8% des entreprises étaient micro, petites ou moyennes (de 1 à 249 salariés), employaient la moitié des salariés français, dans un marché local voire régional, rarement au-delà. Les politiques économiques des pays, quant à elles, ne sont pas uniformes mais très différentes, voire opposées juste de l’autre côté de la frontière.

Alors c’est peut-être qu’on se dirige vers une économie toujours plus mondialisée ? Peut-être. Mais c’est pas une obligation. La preuve, le retour en force des circuits courts. Par contre, ça arrange beaucoup de monde qu’on croie, nous, que c’est une obligation, que c’est irrémédiable. Ca anesthésie le cerveau et la rébellion.

Et pour finir, on serait dans une économie de marché ? Marché mes fesses. Une économie de marché, c’est la libre concurrence pour tout le monde, partout, pour tous les produits et les services, sauf des trucs fondamentaux comme la justice ou la défense nationale, où l’Etat garde la main.

Or il y a très peu de vraie liberté dans notre économie encadrée par moultes lois, règles, obligations et interdictions, et tant mieux parce que c’est ce qui nous sauve. Par exemple ? La fixation du prix des livres, les limites sur les taux d’intérêt, l’existence d’un salaire minimum… Il y en a des milliers.

On nous rabat donc les oreilles (entre autres, mais j’aime bien rester poli, des fois) avec une expression totalement vide de sens, une fable vendue comme une réalité. Pourquoi ? Parce que tout le monde croit qu’elle est vraie, même ceux qui la racontent, puisqu’on leur a appris dès la fac. C’est con (ayé, j’ai fini d’être poli). Parce que pendant ce temps, nous on y croit aussi. Et on s’endort là-dessus. Cerveaux mous et ramollis.


(1) La Déconnomie – Jacques Généreux, Seuil 2016.

2 commentaires à propos de “La Déconnomie /1”

  1. Rétroliens : Comme une quille dans un jeu de chiens

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