La Déconnomie /2

Dans La Déconnomie partie 1, on cassait la gueule à certains termes convenus. Continuons cette semaine à jouer avec les mots, et sur le dos des travailleurs.

D’abord, le capitalisme. Disons qu’un capitaliste, c’est quelqu’un qui possède un capital (de l’argent, par exemple), qu’il investit quelque part en espérant gagner de l’argent. C’est pas mauvais en soi, et à l’extrême on pourrait dire qu’on est tous capitalistes : le riche avec ses millions, l’entrepreneur qui monte sa boîte, l’intellectuel et son ordinateur, le notaire et son étude, un propriétaire inscrit sur Airbnb, même l’ouvrier qui possède ses mains et sa technique.

Du coup, youpi la France est un pays capitaliste et on y est heureux, donc le capitalisme rend heureux ! Et là ça déconne. Ce raisonnement s’appelle un sophisme, et il sert à tromper les gens. En France on est heureux et on bouffe du cassoulet, donc le cassoulet rend heureux ? Non. En plus, ça fait péter.

Et ce qui déconne encore plus, c’est la confusion entre capitaliste et capitalisme. Le premier est une personne, le deuxième est tout un système. Dans lequel, dit Jacques Généreux (1), des riches placent leurs millions dans des entreprises et ne demandent ensuite qu’une seule chose : que l’entreprise les enrichisse. Au détriment de la meute, qu’ils ont le pouvoir de dominer.

On peut donc être à la fois capitaliste et contre le capitalisme ! Si on pense en même temps à soi et à la meute…

Passons à l’entreprise, le deuxième mot du jour. Une entreprise, ça fabrique des objets ou des services, avec de l’argent, des salariés, des moyens de transport et de communication, l’eau le gaz l’électricité et des taille-crayons. Plus un Etat qui garantit la loi et la sécurité.

Mais qui la dirige, cette entreprise ? C’est là que ça déconne. Dans la loi, l’« entreprise » n’existe pas. La loi ne reconnaît que le groupe de ceux qui ont amené l’argent, les actionnaires ou les associés. Donc l’entreprise leur appartient. Ils n’en sont qu’une partie, mais ils ont tout raflé. Les salariés et l’Etat peuvent se brosser. Sauf s’ils sont aussi actionnaires, mais pour acheter ne serait-ce que 1% d’Amazon avec un SMIC, hein ? Bon.

Et le dernier mot est : concurrence. Paraît que c’est aussi une merveille, pour nous consommateurs rois qui décidons à qui on achète, et donc du prix des choses. Tu parles ! Oui, bon, des fois… S’il y a 3 bouchers dans un village, ils sont bien obligés de dire bonjour avec le sourire et ne pas vendre l’entrecôte 100€ le kilo. Sauf s’ils se mettent d’accord pour tous vendre à 100 balles…

Et c’est là que ça déconne. La libre concurrence, en vrai, c’est une bataille sanglante à qui sera le plus fort, le plus beau, le plus innovant. Seul but : gagner du territoire, vendre, écraser pour pas être écrasé, sans dire bonjour, ça perd du temps donc de l’argent. Et dans cette guerre de tranchées, le consommateur n’est pas le colonel. C’est le troufion, bien obligé d’acheter, même si c’est de la merde ou très cher, voire les deux.

La concurrence est censée éviter les monopoles, mais à la fin elle en fabrique.

Le capitalisme, l’entreprise, la concurrence, tout finit donc aux mains de ceux qui ont le capital et ne l’utilisent que pour s’enrichir.

Mais alors, bordel de bordel, pourquoi les gouvernements ne font rien ? Là, 4 hypothèses :
– Ce système en fait est génial
– Il est monstrueux, mais trop tard pour reculer
– On peut faire autrement mais les riches nous empêchent
– On est tous complètement cons, de la tête de l’Etat jusqu’à nous, les bouts des ongles des pieds.

Et la bonne réponse est… ?
Vous le saurez dans les prochains épisodes.


(1) La Déconnomie – Jacques Généreux, Seuil 2016.

Une réponse à “La Déconnomie /2”

  1. Rétroliens : Les actionnaires sont méchants. Et bêtes ! – Comme une quille dans un jeu de chiens

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