Les actionnaires sont méchants. Et bêtes !

La Déconnomie, partie 3. Dans l’épisode précédent… C’était il y a deux mois mais que voulez-vous, entre les fêtes et la grippe, hein… Dans l’épisode précédent, donc, Mr Généreux cherchait pourquoi nous restions soumis à des actionnaires qui, comme Siob Sed Nibor (Robin Des Bois à l’envers), piquent l’argent des pauvres pour le donner aux riches.

Première hypothèse : p’t’êt ben que, contre toutes les apparences – mais alors, toutes ! – ce système est juste génial ? Et bien non. Et c’est peu de le dire.

1) Le bénéf’ est un bonus

Dans une entreprise normale, on investit de l’argent pour produire quelque chose, qu’on vend ensuite à des clients. On a donc des dépenses, et des recettes. Si par bonheur l’entreprise gagne plus qu’elle dépense, elle est, dit-on, bénéficiaire. Si à l’inverse elle dépense plus qu’elle reçoit, elle est, dit-on, dans la merde.

Avec ses bénéfices, l’entreprise peut investir à nouveau : acheter de nouveaux outils pour produire mieux ou moins cher, prospecter des zones de vente inexplorées, embaucher, enfin elle se débrouille, c’est son problème.

Et chacun le sait (enfin, j’espère) : le bénéfice est un truc aléatoire ! Impossible d’être sûr qu’à la fin on gagnera de l’argent.

Mais dans une entreprise aux mains d’actionnaires, on exige justement l’impossible. L’actionnaire VEUT un bénéfice régulier, garanti, oh oui par ici mes dividendes, mes sous, mon précieux ! Au lieu d’être ce qui reste éventuellement une fois toutes les charges payées, le bénéfice devient une somme à payer d’abord. On veut tout de suite une part du gâteau, avant de savoir s’il y aura un gâteau.

Et qui c’est qui trinque ? L’entreprise, qui voit son bénéfice aspiré par les actionnaires, et alors comment elle fait pour investir ? Hein ? Pire : si elle a perdu de l’argent, elle doit se démerder pour en trouver quand même. Par exemple, en virant des salariés.

2) Tu seras une machine, mon fils

Dans une entreprise normale – on y revient – les salariés peuvent prendre part à la vie de la boîte, s’investir dans son développement et en retirer une part des bénéfices : l’entreprise gagne de l’argent, les salaires augmentent, on investit, et on repart. Même chose pour l’Etat : il fournit à l’entreprise l’eau, le gaz, les routes et la 5G, et en retour la boîte lui paye des impôts.

Mais dans une entreprise aux mains d’actionnaires, surtout pas ! Le profit ne se partage pas, au contraire. Les impôts on les évapore aux Iles Caïman, et les salariés… Des parasites ! Alors payez-moi ça au Smic, trayez-les 15h par jour, allez les chercher au Bangladesh, démerdez-vous moi j’ai mariage de Carlos Ghosn à Versailles.

La violence physique du contremaître et son fouet a été remplacée par la violence psychologique du « fais toujours plus avec toujours moins ». Ce qui est très bête. Car un salarié stressé se transforme très vite en salarié malade, voire en salarié mort. Or, les scientifiques sont catégoriques : un travailleur mort est en moyenne moins productif qu’un vivant.

Et qui c’est qui trinque ? Le travailleur bien sûr, l’Etat aussi, à qui il est hors de question de payer des impôts. Et l’entreprise elle-même, où le coût du stress au travail cause de lourdes pertes. C’est vraiment bête : en pressant tout le monde pour un max de profit, on provoque finalement l’effet inverse.

Les actionnaires devraient plutôt offrir de la joie au travailleur, qui se dépenserait alors sans compter ! Serait capable de trimer 15h par jour, sans demander d’augmentation ! Tellement il serait heureux. Le con.

3) Avec des scies… On tombe de l’arbre

Le capitalisme des actionnaires, enfin, augmente le risque de crises, pouvant aboutir au pire (et le pire n’est jamais exclu) à l’effondrement du système. Les actionnaires, en gros, scient les branches de l’arbre, se gavent avec les copeaux, mais peuvent à tout instant se faire tomber l’arbre sur la tronche.

Parce que depuis la fin des années 1980, plus personne ne contrôle les marchés financiers, qui inventent chaque jour des nouveaux trucs pour jouer avec l’argent des autres, et ce sur la planète entière.

Des trucs si compliqués que même les spécialistes et les banques ne savent plus avec quoi ils jouent. Ils savent qu’ils sont assis sur un château de cartes, mais ils voient pas les cartes. Comme Findus a vendu sans le savoir des lasagnes de bœuf à la viande de cheval, une banque espagnole peut acheter sans le savoir une portion du prêt immobilier d’un ouvrier du Kansas, qui ne pourra plus rembourser dans trois mois.

Et des fois, ils sont des millions, à tout d’un coup ne plus rembourser. Et c’est la crise.

Et qui c’est qui trinque ? Les épargnants ruinés, les entreprises qui coulent, les banques qui s’évaporent, les Etats qui renflouent. Et parfois, parfois, les actionnaires eux-mêmes. Qui pourtant scient, scient, scient les branches l’une après l’autre.

Et avec des scies, hein ! On refait le monde. Mais un pas joli. Car ce système économique tenu par les actionnaires n’est finalement pas bon pour l’économie elle-même : il lui vide les poches, au lieu de la financer.

La première hypothèse, « on ne change pas le système parce qu’il est bon », ne tient donc pas. Il va falloir en explorer d’autres…

Référence : La Déconnomie, de Jacques Généreux (Seuil 2016)

Une réponse à “Les actionnaires sont méchants. Et bêtes !”

  1. Si on place de l’argent sans que ça ne rapporte c’est très bête aussi. En investissant dans une entreprise on prend le risque de tout perdre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.